Mais il ne s'agit ici que des poids. Jetons maintenant un rapide regard sur la question des prix. Au moment de la déclaration de guerre, en août 1914, les cours ont naturellement fléchi, et le fléchissement en était arrivé à atteindre 20 à 30 pour 100 en décembre 1914. Ce fut le premier résultat de la guerre. Mais dans le premier trimestre de l'année 1915, la fermeté reprit le dessus, elle se maintint durant le second trimestre avec des affaires au jour le jour en raison des incertitudes de l'avenir, elle ne s'accentua durant le troisième que lorsqu'on fut fixé sur les résultats de la récolte : alors la consommation mondiale reprit, la Suisse et l'Amérique sortirent de leur réserve et achetèrent sur les marchés d'Europe des quantités d'autant plus fortes qu'il fallait abandonner l'espoir de recevoir l'appoint des soies du Levant et qu'on n'annonçait pas d'augmentation dans la récolte de Chine et du Japon; et la reprise à ce moment s'accentua par le fait que les changes d'Extrême-Orient (fait absolument inattendu) haussèrent subitement : le yen japonais monta de 2,63 à 3,14, le dollar mexicain de 2,29 à 2,87, et le taël chinois de 2,87 à 3,84. Cette poussée imprévue des changes profita au marché de New-York, indemne des mêmes inconvénients monétaires, et comme l'Amérique, par suite de ses fournitures de guerre se trouvait dans un état de prospérité exceptionnel, ses fabricants se livrèrent, non seulement en France, mais surtout au Japon et un peu en- Chine à des achats de prévision tels qu'on reste persuadé que. beaucoup de ceux-ci n'eurent en vue que la fourniture des soies par l'Amérique à l'Allemagne. Durant le dernier trimestre de 1915, l'activité atteignit son apogée. dans des conditions telles, que des variations de cours caractérisèrent en quelque sorte chaque journée. De 43 en janvier, la grège Cévennes, 1er ordre 10/12, 12/16, passe à 60 en décembre, les grèges Japon filature I à 1/2, 9/11 montent de 39 à 61, et ainsi de suite; et tous ces prix ont encore progressé dans les premiers mois de 1916. Cette hausse violente au milieu des graves événements que nous traversons démontre certainement la forte situation intrinsèque du marché de la soie en France. Cependant, pour en apprécier la mesure exprimée en francs, on doit prendre un point de repère dans nos changes avec les pays à étalon d'or; on trouve ainsi que la hausse apparente doit être diminuée de 12 pour 100 environ.